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Alphonse Chaignon (1828-1898)

Auteur : Pierre-Louis Calatayud
Recherches archivistiques : Mélina Conter

Auteur de vues urbaines médiévales tirées de l’imaginaire romantique du deuxième tiers du XIXe siècle (Fig. 1), le regard de Chaignon sur le Moyen Âge se tourne, avec une certaine singularité, bien plus vers la ville habitée que sur une campagne bucolique ou des ruines couvertes de mousses.

Alphonse Chaignon est né le 6 septembre 1828 à Paris, rue des vieux Augustin1. Il est fils de Jean Chaignon et Claudine Mathurine Leroux. Né d’un père cordonnier “faiseur de noir”, “celui qui fait le soulier noir et le soulier à talon”2, Chaignon n’est vraisemblablement pas destiné à devenir artiste. Il intègre cependant l’Ecole nationale gratuite de dessin, de mathématiques, d’architecture et de sculpture d’ornemens (actuelle Ecole nationale supérieure des arts décoratifs), une école gratuite destinée à dispenser une formation aussi bien technique qu’esthétique. En dépit du fait que cette école constituait une voie particulièrement favorable pour accéder à l’école des Beaux-Arts et à la carrière artistique3, il semble que Chaignon n’ai pas suivi ce parcours et on ne lui connait pas d’autres formations. Le 26 août 1849, encore âgé de 20 ans, il reçoit 23 nominations dans l’amphithéâtre du lycée Louis Le Grand, ainsi qu’environ 16 à 18 prix.4 Les mentions associées par la suite à Chaignon de “élève de Belloc” et “élève de Viollet-le-Duc” dans les documents anciens sont à rapprocher de ces années de formations. Âgé de 28 ans, Chaignon dépose un brevet pour système de chromotypographie sur porcelaine en 18565 au côté de deux autres personnes nommées Lefebvre et De Langue. Peut-être s’agit-il d’anciens élèves rencontrés à l’école gratuite de dessin. Le brevet est signé et situé au domicile des parents de Chaignon, probablement au moment où celui-ci y habite encore.

Fig. 1 : Alphonse Chaignon, vue imaginaire d’une ville médiévale, 1870, collection particulière.
Photographie – Pierre-Louis Calatayud.

Il n’est pas permis dans l’état actuel de nos connaissances d’émettre d’hypothèses sur ce qui amène ensuite Chaignon à exposer, en tant qu’artiste peintre, au Salon pour la première fois en 1865. Il y expose deux autres vues peintes en 1866 et 1868 avant d’exposer des peintures sur céramiques jusqu’en 1880. Il effectue un dernier envoi en 1890 avec une œuvre intitulée “Le Fou et le Sage”. En parallèle, il travaille comme peintre décorateur et, à ce titre, reçoit plusieurs commandes pour orner différentes églises. En 1867, Chaignon est sollicité par l’abbé Demures6 pour la décoration des chapelles absidiales de l’église Saint-Jean-Baptiste de Belleville construite par l’architecte Lassus entre 1854 et 1859. Pour cette même église, lui est passé commande en 18697 d’une fresque représentant saint Denis mort et une peinture murale représentant “le Père Eternel”. La même année semble t-il, un décor en grisaille représentant saint Denis et saint Pierre lui est commandé pour le sanctuaire de l’église Saint-Pierre de Montmartre8. Il réalise également vers 1878 une peinture murale “cintrée” figurant les saints Denis, Geneviève, Jeanne d’Arc, Eleuthère et Rustique dans l’église Saint-Denis de la Chapelle9. La même année Chaignon livre une peinture monumentale sur le sujet de l’éducation de saint Louis (4m50 x 1m75) pour orner la chapelle de l’Hôpital Saint Louis. Outre ces commandes parisiennes, il réalise également des décors dans l’église de Montargis10. Lors de la quatrième exposition de l’Union centrale des Beaux-arts appliqués à l’Industrie en 1874, Alphonse Chaignon expose des peintures de paysages dans la section de l’art appliqué à la décoration de l’habitation11 et reçoit la médaille de bronze à cette occasion12.

“Les panneaux de M. Chaignon sont peints sur toile à l’huile mate. Pour être vite faits et à peu de frais, ils ne pèchent ni par l’ensemble ni par l’entente de la composition. Le procédé de M. Chaignon permet d’obtenir facilement des effets décoratifs.”, Bulletin de l’Union centrale : revue mensuelle des beaux-arts appliqués à l’industrie, première année, premier numéro, 1874, p. 67.

Fig. 2 : Alphonse Chaignon, La Tour St Jacques, Plista Imprimeur, Musée Carnavalet, Paris.
Photographie – “No copyright” (CC0 1.0 Universal (CC0 1.0) Public Domain Dedication)

Une autre partie de l’œuvre de Chaignon est occupée par la création de nombreuses faïences peintes, présentées au Salon à partir de 1876. Il envoi également également deux faïences au Salon de Nice de 188313. Par ailleurs Chaignon signe plusieurs estampes au cours de sa carrière, dont “La Tour St-Jacques” (Fig. 2) en tant que “peintre et lithographe”.

Alphonse Chaignon meurt le 27 janvier 1898, âgé de 70 ans, veuf et possiblement sans enfant à son domicile au 30 cité Lemière14. Si cet artiste est aujourd’hui bien méconnu, il se démarque par son style et ses sujets singuliers dans le monde artistique de son temps. Il nous apparait peut-être aujourd’hui comme un artisan de l’imaginaire, pleinement néogothique et attaché à ces fameuses vues fantastiques de dédales de colombages qui pourraient largement justifier un nouvel intérêt contemporain pour cet artiste oublié.

  1. Acte de naissance reconstitué. Archives de Paris, cote : 5Mi1 326 ↩︎
  2. Dictionnaire universel théorique et pratique du commerce et de la navigation, Volume 1, 1859, p. 845 (Cf. Cordonnerie). ↩︎
  3. R d’Enfert, “L’école – royale, nationale, impériale – de dessin et de mathématiques au milieu du XIXe siècle : fréquentation, recrutement, débouchés”, Formation au travail, enseignement technique et apprentissage, Actes du 127e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, «  Le travail et les hommes  », Nancy, 2002, Editions du CTHS, 2005. pp. 53-63. ↩︎
  4. Gazette nationale ou le Moniteur universel, 27 août 1849, p. 1. ↩︎
  5. Brevet d’invention de 15 ans pour un système de chromotypographie, ou transport de l’impression de toutes les couleurs sur porcelaine (Cote du dossier 1BB26348, numéro du brevet : 26348, consulté le 27.06.2025 sur le site des archives historiques de l’INPI : https://archives.inpi.fr:443/ark:55749/1ef03cc878cb68ae8d0a0050568c1d46.moteur=arko_default_63f395e1547dd) ↩︎
  6. L’Univers, 23 août 1867, p. 4. ↩︎
  7. Inventaire général des œuvres d’art appartenant à la ville de Paris : Édifices religieux, 1878, vol. 4, pp. 246-247. ↩︎
  8. Inventaire général des œuvres d’art appartenant à la ville de Paris : Édifices religieux, 1878, vol. 4, p. 161. ↩︎
  9. Inventaire général des œuvres d’art appartenant à la ville de Paris : Édifices religieux, 1878, vol. 4, pp. 200-201. ↩︎
  10. E. Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays, 1976, Librairie Gründ, vol. 2, pp. 641-642. ↩︎
  11. Catalogue des œuvres et des produits modernes exposés au Palais de l’Industrie, Union centrale des Beaux-arts appliqués à l’Industrie, quatrième exposition, 1874, p. 57. ↩︎
  12. Bulletin de l’Union centrale : revue mensuelle des beaux-arts appliqués à l’industrie, première année, premier numéro, 1874, p. 137. ↩︎
  13. Journal des artistes, 9 février 1883, p. 3. ↩︎
  14. Acte de décès n°230. Archives de Paris, cote : V4E 10755 ↩︎

Pierre-Louis Calatayud
Pierre-Louis Calatayud

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Pierre-Louis Calatayud (30 juin 2025). Alphonse Chaignon (1828-1898). Les artistes français oubliés du XIXe siècle. Consulté le 14 octobre 2026 à l’adresse https://ao19e.hypotheses.org/3268


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